Cherbourg-en-Cotentin, le 17 juin 2025 – Le tribunal correctionnel de Cherbourg a rendu son verdict ce mardi dans l'affaire d'un agriculteur du Cotentin jugé pour la destruction illicite de plus de 2 kilomètres de haies. Reconnu coupable de "destruction illicite de l'habitat d'espèces animales non domestiques", le trentenaire a été condamné à 500 euros d'amende avec sursis et à replanter 2 800 mètres linéaires de haies dans un délai de deux ans, sous peine d'une astreinte de 150 euros par jour de retard.
Alors que le jugement était prononcé, une délégation de la Coordination Rurale de la Manche, à bord de tracteurs, est venu manifester son soutien devant le tribunal, dénonçant une décision déconnectée des réalités agricoles.
"Aujourd'hui, on nous demande de replanter des linéaires de haies, mais on a des petites parcelles ! Il faut arrêter de prendre les paysans pour des boucs émissaires. On essaye déjà d'être le plus propre possible. (...) Pour nous, l'administratif est devenu imbuvable au quotidien. On n'a pas de secrétaire dans les fermes !" a lancé Vincent Lesage, secrétaire général de la Coordination Rurale de la Manche, résumant le sentiment de frustration de la profession. "Avec un peu plus de bon sens paysan, nous gagnerions beaucoup de temps !"
L'agriculteur concerné, installé depuis 2017 avec un élevage de 120 vaches et 80 hectares de céréales sur un total de 160 hectares, avait "éclairci" ses terres entre 2018 et 2024. "Par exemple, j'avais cinq parcelles de 20 ares séparées par des haies. Comment aurais-je pu les exploiter ? Ben oui, j'ai arraché les haies pour pouvoir travailler," a-t-il expliqué, illustrant la contrainte économique et pratique à laquelle il était confronté. Sa plus grande parcelle ne dépasse pas trois hectares, loin des grandes plaines : "J'ai gardé tout le contour de haies. J'ai aussi 30 km de haies qui sont bien présentes. On n'est pas dans les grandes plaines ici ! Je pense qu'en dessous de trois ou quatre hectares, il faut nous laisser tranquilles. On n'est pas des gamins."
L'Office français de la biodiversité (OFB), à l'origine de la plainte, a rappelé que les haies sont des habitats cruciaux pour de nombreuses espèces protégées et que la replantation ne compense pas immédiatement la destruction. Les jeunes plants de 60 à 80 cm ne peuvent accueillir des nids qu'après des années. Cependant, la défense a souligné l'absence de remembrement dans ce secteur, ce qui maintient un parcellaire très morcelé et difficile à exploiter efficacement sans ajustements.
Malgré un "coup de semonce" en 2021 et les avertissements, l'agriculteur avait continué ses actions, mais avait également commencé à replanter 400 mètres de haies. Le tribunal n'a pas jugé la légalité de l'abattage en soi, mais ses conséquences sur l'habitat d'espèces non domestiques, un point central pour l'OFB qui voit dans l'abattage des haies la première cause de risque de disparition pour ces espèces.
A l'issue de l'audience, l'agriculteur a déclaré vouloir faire appel, un sentiment partagé par la délégation de la Coordination Rurale présente pour le soutenir. "La Coordination Rurale est en première ligne pour défendre tous les paysans," a souligné Vincent Lesage. Le syndicat dénonce une pression administrative "imbuvable" et un manque de considération pour les réalités du métier d'agriculteur, souvent seul face à des réglementations complexes sans le soutien administratif nécessaire.
Cette affaire, emblématique des tensions entre production agricole et protection environnementale, continue de mobiliser la profession, qui attend des autorités une approche plus équilibrée et pragmatique pour l'avenir du bocage normand et de ses exploitants.