LE TRAGIQUE DILEMME DU SYNDICALISTE AGRICOLE

J’ai participé il y a quelques jours à la réunion du Comité de Pilotage du Contrat d’Objectif des Métiers en Production Agricole, instance régionale pilotant un plan d’actions portant sur des questions d’emploi et de main d’œuvre, de formation, d’installation-transmission et surtout de communication pour attirer des jeunes vers les métiers agricoles. Les actions concernées font en partie suite aux concertations régionales qui avaient été organisées il y a environ deux ans.

Christian Morel, vice-président du Conseil Régional en charge de l’agriculture, nous a présenté à, cette occasion un point sur la Loi d’Orientation Agricole, qui nous a confirmé, de mon point de vue, que le titre 1, portant sur la reconquête de la souveraineté alimentaire, se limitait à des déclarations d’intention, ce que j’ai donc fait remarquer, sans provoquer aucune réaction des syndicats majoritaires, qui s’en sont tenus à un silence gêné sur le sujet, puisqu’ils ont soutenu ce projet de loi( la Confédération Paysanne n’était pas présente).

La partie principale des débats a porté sur la manière d’attirer les jeunes vers l’agriculture, et j’ai été frappé par leur côté pathétique. En effet, et nous avons été plusieurs à le souligner, comment attirer des jeunes vers un métier qui, de plus en plus souvent, ne permet pas de gagner sa vie, dans lequel, après avoir travaillé toute la journée, on passe de plus en plus de temps à des tâches administratives imposées par des règlements ubuesques, et pour lequel la moindre erreur peut vous conduire devant un tribunal, qui vous sanctionnera davantage qu’un voyou ayant agressé les forces de l’ordre ?

On peut d’ailleurs noter que les efforts déployés pour redonner de l’attrait à nos métiers ne portent pas leur fruit, dans un contexte où l’effectif des classes d’âge les plus jeunes diminuent, ce qui nous met en concurrence avec d’autres professions confrontées au même défi. Personnellement, je ne suis pas certain que le recours à l’immigration, prôné par Christian Morel, soit la solution du problème.

On peut même se demander légitimement, et certains d’entre-vous se sont interrogés sur le sujet au cours de nos discussions, si l’on a moralement le droit d’inciter des jeunes à s’installer dans ces conditions, même si, il est vrai, certains agriculteurs s’en sortent très correctement (mais ce sont souvent ceux qui ont hérité de leur exploitation).

Alors, que faire ? Mentir par omission pour attirer des jeunes, et ne plus dénoncer les absurdités du système, en nous laissant étrangler petit à petit ? Communiquer pour dénoncer les absurdités du système, au risque de faire fuir les candidats à l’installation ? Voilà bien notre dilemme aujourd’hui.

Pour en sortir il faut être clair : si l’Europe et la France ne changent pas radicalement de politique agricole, le renouvellement des générations ne sera pas assuré. Nos efforts, aussi louables soient-ils, ne parviendront qu’à limiter l’érosion du nombre d’exploitations. C’est à ce prix que notre beau métier pourra à nouveau attirer des jeunes qui souhaitent vivre de manière indépendante au contact de la nature, et la France n’en manque pas.

Quand la maison menace de s’effondrer, il faut repenser sa structure, pas repeindre la façade

Thierry-James Facquer, Président CR BFC

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