Le 6 janvier, la Coordination Rurale ose pointer le bout du tracteur et Paris déclenche l’état d’urgence agricole : barrages de blindés Centaure, périmètre interdit autour de Matignon et du Trocadéro, syndicats parqués comme du bétail – le tout pour… zéro gaz lacrymo lancé, zéro vitrine cassée, et une chèvre qui, juré, n’a même pas mordu un CRS. Pourtant huit paysans finissent en garde à vue prolongée pour avoir tentée approcher la Tour Eiffel en tracteur (les tracteurs ne sont pas interdits à la circulation dans Paris), et trois comparaissent dès le surlendemain au tribunal de Meaux, histoire de leur coller des amendes « exemplaires ».
Le 26 mai : la FNSEA et la FRSEA débarquent avec leurs colonnes de tracteurs, bloquent l’A6 et l’A13 à l’heure de pointe, et l’État leur déroule le tapis vert chlorophylle : itinéraires “conseillés”, gendarmes en gilets fluo façon service d’ordre bénévole, et petites bouteilles d’eau offertes pour la photo. Pas une garde à vue, pas un procès en vue – seulement des promesses de « dialogue constructif ».
Et puis arrive la nuit du 31 mai : victoire du PSG, 264 voitures grillées, 21 policiers blessés, deux morts, 560 interpellations… mais les premiers hooligans jugés écopent de prison avec sursis et une tape sur la fesse pour rentrer fissa au bercail. On brûle la capitale ? Sursis. On bloque un rond-point en tracteur ? Amende cash. Cherchez l’erreur.
Moralité ?
- Si vous voulez saboter des abribus, brûler des scooters et goûter au gaz lacrymo façon barbecue républicain, visez le foot : vous ressortirez avec un selfie et un casier quasi immaculé.
- Si vous préférez défendre le prix du blé en bonnet jaune, prévoyez la nuit au poste, un passage éclair en comparution immédiate et une addition salée – tout ça sans avoir fêlé la moindre vitrine.
- Quant à la FNSEA, premier de classe du “syndicalisme de salon”, elle bénéficie du passe-droit maison : conférence de presse sur l’herbe du Champ-de-Mars, poignées de main ministérielles, et routes nationales privatisées le temps d’un “coup de gueule” parfaitement autorisé.
On dira que la justice est aveugle ; elle est surtout bigrement myope quand il s’agit de lire les logos sur les gilets. Les bonnets jaunes, eux, peuvent toujours se consoler : à défaut de tapis rouge, ils auront obtenu le grand chelem répressif – et la preuve par l’absurde que, dans la France 2025, le droit de manifester se mesure à la proximité du syndicat avec la moquette de la rue de Varenne.
À ce niveau de deux-poids-deux-mesures, on ne parle plus d’injustice : c’est un vrai concours agricole de mauvaise foi, catégorie « Manipulation des foules et arrosage sélectif ». Et la médaille d’or revient, sans surprise, à ceux qui tiennent la lance-à-incendie… de billets
(La chèvre, elle, n’a toujours pas été entendue par la justice. Paraît qu’elle rumine sa défense.)