En ce temps là, une terrible sorcière connue sous le nom d’Hur Sue la Terrible (car elle était vraiment terrible) sévissait dans les forêts bordant le Doux Pays. Quand elle le survolait , chevauchant son balai supersonique, la vue des champs soignés et des troupeaux paissant paisiblement la mettait dans une rage folle. Elle ne rêvait que champs envahis par les ronces et dévastés par les insectes, et que troupeaux dévorés par les loups.
Aussi réussit-t-elle, par force sortilèges, à convaincre le Roi, qui était à l’époque un enfant dont on pouvait tout obtenir par la flatterie, de proclamer toute une série d’édits obligeant les braves paysans à justifier le moindre de leurs gestes, à demander une autorisation avant de tailler une haie ou de curer un fossé, de semer ou de récolter… Une armée d’envoyés du Roi était payée pour les surveiller en permanence, et ils pouvaient être jetés au cachot pour avoir coupé un roseau dont on supposait qu’il pourrait peut-être un jour protéger un des oiseaux favoris du Roi. Mais les braves paysans continuaient malgré tout à travailler sans relâche pour que la terre produise de quoi nourrir les Hommes.
Hur Sue la Terrible envoya son âme damnée, Sardine la Rousse, proclamer partout que manger une entrecôte était un pêché, que les pets des vaches sentaient mauvais, que les paysans devaient s’estimer heureux d’avoir le droit de travailler, et n’avaient nul besoin de toucher un salaire pour cela. Mais nos braves paysans ne se décourageaient toujours pas.
Elle visita alors les 9 nains chargés d’interpréter les Grimoires Sacrés, et ceux-ci proclamèrent qu’il était écrit que les outils utilisés partout ailleurs de manière bénéfique devenaient très dangereux quand on les utilisait chez nous, et que leur usage serait donc désormais puni de mort. Mais nos braves paysans ne se décourageaient toujours pas.
Enfourchant son balai supersonique, Hur Sue La Terrible traversa alors les mers pour demander de l’aide à une autre terrible sorcière. « Mère Cosure, lui dit-elle, vous qui commandez aux vents, ne pourriez-vous pas déchaîner des tempêtes capables de transformer les riches terres du Doux Pays en désert ? ». Les deux sorcières signèrent aussitôt un traité en ce sens.
Pour fêter cet évènement, Hur Sue la Terrible invita pour la nuit de Noël (qu’elle appelait la Fête de l’Hiver, car elle ne supportait pas la lueur de joie dans les yeux des enfants au seul nom de Noël), l’Enfant Roi et les 9 nains, pour fêter la mort prochaine des paysans.
Mais à minuit, alors qu’ils festoyaient, une douce musique les entoura soudainement. Ils sortirent pour voir d’où elle venait et se trouvèrent face à des troupeaux conduits par leurs bergers qui marchaient vers eux, précédés par trois grands rois, dans un char doré de toutes parts, et survolés d’anges jouant de la harpe.
L’Enfant Roi s’avança et leur ordonna de retourner s’abriter dans leurs étables, car des hordes de guerriers débouleraient bientôt de la Steppe pour les piller. Le premier grand roi étendit le bras, et les moutons contournèrent l’Enfant Roi qui piétinait de rage en criant « Je suis votre chef, je suis votre chef », l’ignorant totalement.
Les neuf nains s’avancèrent alors en proclamant : « Vous devez faire demi-tour, les Grimoires l’ordonnent ». Le deuxième grand roi étendit le bras, et les nains perdirent la voix. On les voyait ouvrir de larges bouches, mais plus aucun son n’en sortait.
Hur Sue la Terrible lança alors sa meute de loups sur les bergers. Elle était conduite par un loup en tout point gigantesque et extraordinairement hargneux, qu’on appelait le Grand Méchant Long. Le troisième roi étendit le bras, et les loups se retournèrent pour se jeter sur Hur Sue la Terrible, l’Enfant Roi et les 9 nains, qui s’enfuirent à toutes jambes. Nul ne les revit jamais plus.
Ce conte est sorti de mon imagination, et toute similitude avec des personnes ou des évènements existants ou ayant existé serait, bien entendu, le seul fruit du hasard.