Une crise à plusieurs fronts

Si le prix du lait paraît élevé, la situation économique des exploitations reste fragile. La loi Egalim montre notamment ses limites lorsque les cours sont favorables.

Alors que le prix du lait a atteint 430 à 450 €/1 000 L dans plusieurs pays européens, les producteurs français restent autour de 400 €/1 000 L. Ce manque à gagner de 20 à 30 €/1 000 L, répété sur plusieurs années, a fragilisé la trésorerie des exploitations françaises par rapport à leurs homologues européens.

À cela s’ajoutent les effets du changement climatique : sécheresses, fortes chaleurs et baisse de la collecte dans l’Ouest depuis le printemps, ainsi que les épisodes de fièvre catarrhale ovine (FCO), qui ont entraîné des baisses de production, des retards de vêlage et une désorganisation durable des élevages.

Cette combinaison fait mécaniquement grimper les coûts de production :

  • charges fixes réparties sur des volumes plus faibles ;
  • moindre efficacité alimentaire ;
  • déficits fourragers ;
  • investissements nécessaires pour adapter les bâtiments et améliorer le confort animal.

Toutes les exploitations n’étant pas touchées avec la même intensité, des mesures ciblées vers les plus fragilisées sont nécessaires.

Ne plus faire des producteurs la variable d’ajustement

Depuis des années, on demande aux producteurs de produire plus, d’investir, de respecter toujours davantage de normes et de s’adapter aux aléas climatiques et sanitaires.

Mais dès que le marché se tend, c’est encore à l’éleveur d’absorber l’ajustement.

La Coordination Rurale ne veut pas d’une aide ponctuelle supplémentaire : elle demande un changement durable du rapport de force au sein de la filière.

Le lait doit être payé selon son coût réel de production, avec une rémunération permettant à l’éleveur de vivre de son travail, d’investir et de transmettre son exploitation.

Se pose également la question essentielle de la répartition de la valeur : quelle part revient réellement au producteur, à l’industriel, à la distribution et aux autres maillons de la filière ?

Cette répartition doit être au cœur des négociations de prix :

  • aux industriels de rendre compte du prix payé aux producteurs ;
  • à la distribution de rendre compte de ses marges et de ses engagements en faveur de l’origine France.

La Coordination Rurale ne demande pas la charité : elle demande que celui qui produit la matière première puisse vivre de son travail, sans que ce soient toujours les mêmes qui soient lésés.

Le positionnement de la Coordination Rurale

Face à une baisse de production qui pourrait déjà résorber une partie des déséquilibres du marché, la Coordination Rurale rappelle qu’une régulation strictement nationale n’a pas de sens pour un produit échangé à l’échelle mondiale, dans un marché où l’Union européenne ne représente que 10 à 15 % des volumes.

Le syndicat porte donc ses demandes au niveau européen, notamment en lien avec l’European Milk Board (EMB).

La Coordination Rurale refuse par ailleurs de miser uniquement sur le stockage du beurre et de la poudre de lait : un outil qui profite avant tout aux industriels et dont le manque de transparence sur les volumes réellement stockés empêche d’avoir une vision claire de la situation du marché.

Les demandes de la Coordination Rurale

  • Une véritable régulation de la production à l’échelle européenne, seule échelle pertinente face à un marché mondialisé et à des concurrents libéraux qui n’appliquent pas nécessairement les mêmes contraintes.
  • Une réelle prise en compte et valorisation des coûts de production, au-delà des seules initiatives comme « C’est qui le patron ?! », qui ne concernent qu’environ 5 % des volumes.
  • Une réduction des volumes d’importation de lait européen avant toute réduction du cheptel national, afin de ne pas faire porter l’ajustement du marché sur les seuls éleveurs français.

Une régulation européenne pour préserver les exploitations

Seule une régulation ambitieuse et coordonnée au niveau européen, assortie d’une juste rémunération des producteurs, permettra d’éviter que la crise climatique, sanitaire et économique actuelle ne se traduise par une nouvelle vague de disparitions d’exploitations.   📄 Télécharger l'article en PDF

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