Ne laissons pas mourir notre agriculture, socle de nos campagnes et de notre avenir
Madame, Monsieur,
Nous vous écrivons aujourd’hui avec un poids immense sur le coeur, un mélange d’angoisse et d’urgence. Nos campagnes s’effritent, nos fermes s’effacent, et avec elles disparaissent peu à peu ce qui fait battre la vie rurale : l’agriculture.
Pendant des décennies, nous avons vu nos centres-villes se vider, nos commerces de proximité disparaître, et aujourd’hui, nous assistons impuissants au même scénario se rejouer dans nos campagnes. À force d’accumuler réglementations, contraintes, charges insupportables et décisions déconnectées du terrain, nous étouffons nos exploitations. Une ferme ne meurt pas en un jour. Elle reporte un investissement, elle renonce à une production, elle n’embauche plus… puis un jour, elle ferme. Et avec elle, c’est toute une vie qui s’efface.
L’agriculture française n’est pas seulement un secteur économique. C’est le socle de notre souveraineté alimentaire, le gardien de nos paysages, le pilier de la solidarité locale. Pourtant, elle est aujourd’hui à genoux, étranglée par des années de mesures inefficaces, de réglementations étouffantes et d’un mépris silencieux.
Les éleveurs voient leurs troupeaux diminuer, victimes des coups de chaleur et des pertes d’animaux. Les récoltes maigres annoncent des prix en flèche, qui frapperont d’abord les agriculteurs, puis les consommateurs. Les aides actuelles ne sont que des pansements sur une blessure béante. Les charges explosent : GNR, MACF, etc. et les prix de vente restent figés, déconnectés de la réalité du terrain.
Chaque jour, les agriculteurs avancent à l’aveugle, sans filet, dans un contexte climatique et économique incertain, tandis que les pouvoirs publics et les banques détournent le regard.
Nous ne sommes pas seulement des agriculteurs. Nous sommes aussi des acteurs essentiels de la vie locale : sapeurs-pompiers volontaires, bénévoles associatifs, premiers répondants lors des catastrophes naturelles. Pourtant, on nous taxe, on nous contrôle, on nous ignore.
Nous ne vous adressons pas cette lettre pour dénoncer, mais pour supplier. Il est encore temps d’agir, de simplifier les règles, d’investir dans des solutions concrètes comme l’irrigation ou le stockage de l’eau, de soutenir les filières menacées, de rémunérer dignement le travail de la terre.
Car si l’agriculture meurt, ce n’est pas seulement votre assiette qui sera vide, c’est une part de notre identité, de notre histoire, de notre dignité. Prévenir ce déclin coûtera toujours moins cher que de tenter de reconstruire ce qui aura disparu.
Dans dix ans, si rien n’est fait, nous ne parlerons plus de développement rural, mais de désertification de nos campagnes.